Superposer les signes pour mieux révéler l’invisible

Par Karine Langevin

« Rejoindre le DF Art Project m’a semblé une évidence. Ce mouvement résonne profondément avec ma démarche : la déstructuration est pour moi un terrain d’exploration émotionnelle, narrative et symbolique. DF me permet de dialoguer avec d’autres artistes qui cherchent, eux aussi, à dépasser les apparences pour révéler des strates plus profondes de l’identité.
À travers mes portraits, j’exprime la complexité de l’être : ses contradictions, ses élans, ses blessures, ses métamorphoses. L’esprit de DF m’autorise à fragmenter, à superposer les signes pour mieux révéler l’invisible. Mes visages ne sont pas des représentations, ce sont des révélations. Ils portent des histoires, des mémoires. Je veux que chaque œuvre soit une énigme sensible, une vibration intérieure.
Je travaille autour de figures archétypes — la femme-miroir, la muse urbaine, l’icône pop, le visage-monde — que je déconstruis et réinvente. Les codes du glamour, les références musicales, les fragments de textes, les codes-barres ou les vinyles deviennent des éléments de langage. Le regard surdimensionné occupe une place centrale : il capte, interroge, reflète. Mes œuvres sont peuplées de signes contemporains mêlés à des symboles plus anciens, dans une tension entre mémoire et immédiateté.
Je souhaite que le public se laisse d’abord traverser par l’émotion, avant même de chercher à comprendre. Mes œuvres sont des portes ouvertes vers des récits universels, des jeux de piste visuels où chacun peut projeter ses propres histoires, ses propres visages. Je ne cherche pas à imposer un sens, mais à provoquer une résonance. L’interprétation est libre, plurielle, mouvante.
Toujours en quête d’un impact visuel plus fort, j’expérimente actuellement de nouvelles résines. Les pigments, les couleurs et les encres sont revisités pour apporter davantage de profondeur à mes œuvres. De nouveaux objets s’intègrent à mes tableaux selon les thèmes abordés. Les prochains seront liés au futurisme, à la mythologie et au voyage. Plusieurs expositions sont en préparation, en solo et en collectif, en France et à l’international. Je continue également d’accueillir le public lors de portes ouvertes dans mon atelier à Gif-sur-Yvette.

Ces mondes imaginaires appellent au dévoilement pour rendre de l’humanité au monde contemporain déshumanisé. Transformer le réel en fait, c’est dénoncer l’illusion de nos perceptions et la fragilité de nos croyances. C’est illustrer combien multiples sont nos fantasmagories qui nous semblent si réelles qu’on perpétue des guerres pour cela.

Rassembler cette vision du monde que nous partageons : le réel n’est pas ce qui paraît mais bien ce qui EST, l’essence supplante l’apparence, l’art reconfigure…Transformer le réel ensemble, c’est mettre nos mondes imaginaires à portée d’œuvre.

La pratique relationnelle, l’art social et la médiation culturelle sont mes chevaux de bataille pour réenchanter nos milieux de vie et tisser des liens avec d’autres artistes et d’autres milieux. Lorsque nous créons ensemble, au-delà des langues, au-delà des différences, au-delà des défis de notre monde contemporain… l’art nous apaise, nous réconcilie et nous rassemble. Lorsque nous nous réunissons, notre voix porte plus loin et plus haut. »


« Rétro » – 100x100cm – Résine et Techniques mixtes sur toile – Karine Langevin
KJL – 2024